mardi 15 février 2011

Sortie de Volume 1 – Rainier Lericolais























Ouvrage monographique, bilingue français-anglais, qui présente l'ensemble du travail plastique et musical de Rainier Lericolais, artiste français né en 1970.


Avec les contributions suivantes :
• préface de Judith Quentel, directrice artistique du domaine départemental de Chamarande,
• essai critique de Julie Ramos, maître de conférence à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne,
• entretien avec Christine Macel, conservatrice au musée national d'Art moderne, Centre Pompidou,
• texte de David Sanson, musicien (That Summer) et ancien rédacteur en chef de la revue Mouvement.

Lancement le dimanche 20 février, 15h, au domaine départemental de Chamarande : séance de dédicace de
Volume 1 par Rainier Lericolais et visite de l'exposition personnelle qui lui est consacrée, dernier jour de l'expo !
Plus d'informations, cliquez ici.
Se rendre à Chamarande:
• RER ligne C direction St Martin d'Etampes, arrêt Chamarande (toutesles 30 mn, le château est à 100 m de la station)
• en voiture depuis Paris : A6/A10 puis N20 direction Etampes, sortie Chamarande


Signature le 5 mars, 17h-20h, à la librairie Florence Loewy, Books by artists, Paris : signature de Volume 1 et exposition Éditions, des multiples et éditions réalisées par Rainier Lericolais.
Librairie Florence Loewy, Books by artists
9 rue de Thorigny – 75003 Paris


Volume 1
Graphisme : FLAG Aubry/Broquard

19 x 28,5 cm

168 p.

Quadrichromie

Isbn : 978-2-918450-06-1

Prix : 25 euros

Coédition Roven éditions, collection Aires et conseil général de l'Essonne / Domaine départemental de Chamarande, centre d'Art contemporain

Diffusion/Distribution : Les Presses du réel
Partenaires : Frac Limousin, Limoges ; Galerie Frank Elbaz, Paris ; Marion Meyer Contemporain, Paris ; Alice Travel Cie













« J’essaie de montrer une réalité que personne ne voit, explique Rainier Lericolais. Non pas des choses qui n’existent pas, mais des choses invisibles. Peu m’importe qu’elles soient vraies ou fausses, ce qui compte, c’est la manière de les faire voir. » Ce qui le passionne par exemple dans les séquences chronophotographiques d’Étienne-Jules Marey ou les « photographies fluidiques » des spirites du début du vingtième siècle (les paraffines du Docteur Francesco Ponte ne sont pas sans évoquer les « moulages d’eau » que l’artiste réalise au moyen du même matériau), c’est moins la vérité du phénomène étudié que le résultat esthétique visible par cette observation. Tout le travail de Rainier Lericolais pourrait être ainsi envisagé comme une entreprise de production d’images. Ou plutôt du détournement de celles-ci. Il s’agit, pour mieux les faire apparaître, d’opérer un déplacement afin de les révéler – ainsi des paysages fantomatiques dont le surgissement furtif précède immédiatement l’extinction d’un poste de télévision.

L’artiste parle d’« empreintes d’objets ou d’images » pour décrire le résultat de ce brouillage, de ce dépaysement qu’il applique aussi aux matériaux « pauvres » qu’il utilise. Les sculptures en carton qui, de 1993 à 2003, ont constitué le coeur de sa production, pourraient être des « images mentales ». Leur raffinement impressionne d’autant plus qu’elles n’ont fait l’objet d’aucun plan préliminaire et sont le plus souvent détruites après usage, c’est-à-dire après exposition (soit une manière de démontrer leur fragilité) : des traces mémorielles par lesquelles l’artiste peut, à l’occasion, évoquer les domaines qui le fascinent – qu’il s’agisse du mobilier du dix-huitième siècle ou de la musique classique (son oeuvre est tout entière irriguée par sa passion pour la musique). Ses « dessins à la colle » sont sous-tendus par une même ambiguïté, entre l’apparente séduction de la forme et la trivialité du matériau employé. Il s’agit de se saisir d’images existantes, communes – des photos découpées dans des magazines –, et de les « bousiller », dit-il, pour les emmener ailleurs. Il en va de même avec les « dépeintures* », elles aussi réalisées à partir de photos badigeonnées de trychloréthylène. En faisant délibérément le choix de sujets académiques – portrait, paysages, intérieurs –, l’artiste souligne qu’il cherche avant tout à « parler d’images ». Mais ces dessins et ces (dé)peintures imprégnés – empreints – de photographie, ces sculptures « non sculpturales » sont aussi le moyen de questionner l’histoire et la technique de ces pratiques.

Rainier Lericolais se définit comme « un dessinateur ». S’il cherche à « faire du dessin avec autre chose que du crayon et du papier » (de la colle, ou encore un perroquet, cet instrument d’architecte que les Japonais appellent « règle à nuage »), et « un dessin qui parle aussi de photographie », c’est surtout en dessinateur qu’il aborde la sculpture ; de même est-ce à partir du moment où il a pu visualiser les ondes sonores, grâce à l’ordinateur, qu’il a commencé faire de la musique (et non, la nuance est d’importance, du « son ») : des nombreux disques qu’il a publiés, usant magistralement de la technique de l’échantillonnage, ne déclare-t-il pas qu’ils sont comme des « carnets de dessins » ?
La plupart des créateurs qui le passionnent sont des « touche-à-tout » : Dieter Roth, Richard Tuttle, Bas Jan Ader, John Armleder. Plus récemment, Hubert Duprat, Xavier Veilhan ou son ami Richard Fauguet ; mais aussi un compositeur comme John Cage, un écrivain comme W.S. Burroughs, des cinéastes comme Norman McLaren, Jean Painlevé et surtout Chris Marker, dont il admire le génie à capter « la mémoire de l’instant ». Rainier Lericolais partage avec eux une volonté constante de faire éclater le cadre de sa pratique : « J’aime essayer des choses que je ne sais pas faire : avec les dépeintures, par exemple, il s’agit d’essayer de peindre justement parce que je ne sais pas peindre ». Procédant par gestes rudimentaires et instinctifs (comme lorsqu’il bourre de pétards des blocs de porcelaine), progressant jusqu’à ce qu’il sente que le savoir acquis risque de se transformer en savoir-faire, en virtuosité facile, cette démarche très expérimentale et « laborieuse » vise tout d’abord, selon son auteur, à « s’étonner [lui]-même ». Est-il de plus noble et plus modeste ambition ?

Animée par cette « idée romantique du geste », son oeuvre peut se lire ainsi comme une recherche permanente, par tous les moyens, d’un « émerveillement ». Une recherche tout compte fait beaucoup plus romantique – mais d’un romantisme ayant intégré et digéré tous les régimes de production d’images, qui permet à cet émerveillement d’être tout à la fois candide et lucide – qu’ironique. (La seule ironie à l’oeuvre chez Rainier Lericolais est l’ironie du sort : cette richesse du hasard qui valide l’intuition, parfois après-coup, et donne sa portée au geste, ce hasard qui fait finalement bien les choses.) Une recherche consciente de sa dette envers l’histoire de la peinture, de la sculpture, de la musique, de la multiplicité de ses racines : l’artiste ne se prive jamais de rendre hommage aux artistes qu’il admire, avec une modestie d’autant plus élégante qu’elle est décomplexée. Sans doute parce qu’il a fait sien cet aphorisme que l’on peut lire à la dernière page du Dépays : « La flèche n’a pas plus de but que n’en a la vie : ce qui compte, c’est la politesse envers l’arc. »

David Sanson, “Rainier Lericolais”, French Connection, 88 artistes contemporains, 88 critiques d’art, Montreuil, éditions Black Jack, 2008.

* Un néologisme forgé par Jean-François Dumont à partir du titre d’un ouvrage de Chris Marker, Le Dépays, et dont Rainier Lericolais a fait celui de son étrange catalogue, Le dpi, publié aux Éditions Sémiose.


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